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Les nématodes prédateurs

Dans les couches de sol déjà animées par mille circulations vivent les nématodes prédateurs et omnivores. Ceux-ci ne se nourrissent pas d’une seule source, mais de la vie elle-même : autres nématodes, protozoaires, larves microscopiques, parfois bactéries et champignons selon l’occasion. Leur alimentation est dense, concentrée, faite de protéines animales, de lipides structuraux, d’acides aminés complexes et de phosphore organique. En les consommant, ils déplacent une matière déjà transformée, comme des alchimistes de second ordre, travaillant sur une substance déjà vivante.

Cette position élevée dans la chaîne trophique a façonné des corps puissants. Les nématodes prédateurs possèdent de larges bouches armées de dents, de crochets ou de stylets massifs, capables de saisir, percer ou déchirer leurs proies. Leur musculature est plus développée, leur comportement plus lent mais plus intentionnel. Les omnivores, eux, combinent ces outils : assez robustes pour attaquer, assez souples pour brouter si nécessaire. Leur morphologie reflète une stratégie de flexibilité, une capacité à s’adapter aux flux changeants du sol.

En consommant d’autres consommateurs, ces nématodes redistribuent la matière entre les canaux bactérien, fongique et végétal. Ils évitent les emballements : trop de bactérivores, trop de phytoparasites, trop de flux déséquilibrés. La matière circule plus lentement ici, mais avec une grande stabilité. Les prédateurs et omnivores ont des cycles de vie plus longs, une reproduction plus lente. Ils stockent la matière dans leur propre biomasse, retardent sa libération, lissent les variations. Ils transforment la rapidité en continuité, la turbulence en rythme.

Les nématodes prédateurs et omnivores sont les gardiens de l’équilibre souterrain. Ils ne créent pas le flux, ils le modulent. C’est la sagesse qui maintient le monde en mouvement sans jamais le laisser se rompre.