<- Retour

Le barbon, une "espèce exotique envahissante"

Avec la mondialisation des échanges, les déplacements et le commerce international, les espèces anthropophiles voyagent au rythme de leurs compagnons humains. Certaines de ces espèces, introduites volontairement ou accidentellement dans de nouveaux milieux, viennent s'immiscer dans les assemblages vivants déjà en place.

Ces espèces exotiques peuvent même déranger nos systèmes de production humains, qui n’aiment généralement pas l’imprévisible. Ces espèces vivantes qui résistent aux infrastructures humaines viennent remettre en question notre propre place parmi les millions d’autres formes de vie existantes. Qui sont ces espèces qui prolifèrent dans nos sociétés contemporaines ?

Les “espèces exotiques envahissantes” (EEE) se distinguent par certaines caractéristiques biologiques : croissance rapide, reproduction efficace, grande capacité de dispersion et forte tolérance aux conditions environnementales variées. De plus, dans leur nouvel environnement, elles échappent souvent à leurs prédateurs, parasites ou compétiteurs naturels, ce qui favorise leur expansion. Les EEE sont aujourd’hui considérées comme l’une des principales causes de perte de biodiversité à l’échelle mondiale, aux côtés de la destruction des habitats et du changement climatique.

Les conséquences économiques sont également importantes. Les EEE affectent l’agriculture, la foresterie, la pêche et les infrastructures, générant des coûts considérables liés aux pertes de production et aux mesures de contrôle. À l’échelle mondiale, ces coûts sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an.

Bien que parfois exagérés, les risques que peuvent poser les EEE pour les espèces vivant déjà ici sont bien réels. Face à celà, la prévention reste la stratégie la plus efficace. Limiter les introductions, détecter précocement les espèces à risque et sensibiliser le public sont des leviers essentiels pour lutter contre ces phénomènes de dégradation des écosystèmes en place.

Le barbon, de son nom latin Bothriochloa barbinodis, nous vient tout droit d'Amérique du Nord, arrivé en France par l'Hérault dans les années 90. Si vous êtes déjà allé.e dans le sud de la France, vous avez peut-être déjà aperçu le barbon le long des routes et du bitume. L’espèce semble tout de même avoir plus de mal à vivre dans les milieux qui ne sont pas perturbés par l’humain…

Les rédacteur.ices de la Némagazette se sont intéressé.es à l’effet du barbon sur les communautés de nématodes résidant en Occitanie. Les espèces végétales exotiques peuvent en effet modifier le sol autour de leurs racines, pouvant alors modifier les communautés de nématodes !

Sur ce graphique, nous pouvons voir les espèces de nématodes qui ont été retrouvées sous le barbon (Barb) et sous une autre espèce végétale autochtone d'Occitanie (Isch). On peut voir que ces deux plantes partagent beaucoup de nématodes en commun (24) ! L'espèce autochtone est aussi associée à davantage d'espèces qui n'ont été retrouvées que sous elle (15). Il y a également plus d'omnivores et de prédateurs sous la plante locale !

Les autres effets ne sont malheureusement pas encore très nets, mais dans les grandes lignes, tout va bien. On note quand même que moins d’espèces de nématodes ont été retrouvées dans la rhizosphère du barbon qu’ailleurs. Affaire à suivre…